lundi 30 avril 2012

Une lettre pour mieux connaître le Centre

Bonjour,

En ce temps de fêtes, c’était très calme à Nazareti Centre… pas de grandes discussions, pas de cris ni de pleurs,… Ceci parce que depuis le 3 décembre nous avions commencé les vacances scolaires, et après une semaine de ménage et de travail dans le jardin, un grand nombre de nos enfants sont partis en vacances dans leurs familles. Il restait un  groupe de 8 petits  et un grand. Ils regardaient ensemble avec l’éducateur comment répartir les différentes tâches de ménage, et choisissaient qui allait préparer le repas du soir, ou de fin de semaine.… Tu pouvais voir le petit Chiza (5 ans) tôt le matin avec un balai ou une raclette, en train d’aider ici ou là…
Nos garçons ont demandé de rester en famille jusqu’au 7 janvier pour recommencer les classes le 9 janvier. C’est la première fois qu’ils sont allés en famille pour 4 semaines. Nous en sommes très heureuses, car c’est un signe qu’ils sont contents d’y aller, qu’ils savent qu’ils ont quelque part une place… Nous investissons beaucoup pour renouer les liens avec la famille. Cela commence par une petite visite, ensuite vient l’invitation pour l’une ou l’autre fête, et parfois nous prenons contact avec la famille quand il y a un problème, ou que nous avons appris qu’il y a un deuil dans la famille. Il y a aussi des parents ou de la famille qui viennent voir au centre si leur enfant se porte bien…
Au mois de juillet, plusieurs de nos garçons n’étaient pas enthousiastes pour partir en famille. Ils avaient peur d’être empoisonnés, ou de la sorcellerie. Il est certain que nos enfants sont devenus beaux. Ils sont propres, bien coiffés, portent des habits propres, des souliers, parfois une casquette… Ils ont un « look » différent que celui de leur arrivée chez nous au centre. En plus, ils vont à l’école, savent lire et écrire… Et cela peut créer des jalousies. Et dans notre région, les gens utilisent facilement du poison, ou font appel à des sorciers pour se venger, pour détruire la vie d’une autre personne. Un de nos garçons, premier de classe, prétendait être victime d’une jalousie à l’école.
Alors notre joie était grande quand tous les garçons qui pouvaient aller en famille, sont partis le 9 décembre. Nous savons qu’ils vont nous revenir heureux le 7 janvier…Même si parfois les enfants nous reviennent avec des déceptions. Un changement de lieu fait souvent du bien, recharge les batteries pour pouvoir entreprendre une autre étape.

Nous avons 26 garçons en ce moment. 24 fréquentent deux différentes écoles primaires pas trop loin du centre. Le petit Chiza a commencé la maternelle il y a deux semaines. Daudi qui a arrêté d’aller à l’école primaire à cause du stress que cela lui donnait, continue sa formation pour devenir couturier Il a commencé à apprendre la couture avec Salome, et en même temps il continuait chaque jour à travailler une heure avec Cécile pour améliorer ses compétences en calcul et en lecture… Maintenant il suit une formation en ville pour devenir couturier. Et quand il arrive au centre, il aide facilement à réparer les habits des enfants ou à faire une décoration pour la salle. Quand il allait à l’école primaire, il entrait en disant  « pas capable » ou « zéro »… Maintenant il montre dans son cahier ce qu’il a fait, est enthousiaste, veut pratiquer… Il a découvert qu’il a d’autres talents, qu’il a des valeurs, lui aussi, ce qui donne de la joie et de la paix dans son cœur.
Et il y a le petit Chiza, 5 ans. Il ne vient pas de la rue, mais sa maman est en prison, attend son procès, et personne de la famille pouvait prendre soins de lui. Après quelques semaines avec sa maman en prison il est arrivé chez nous (par le ministère de la famille). Au début, le petit s’ennuyait beaucoup de sa maman, mais maintenant il est heureux chez nous, part tous les 15 jours le samedi après-midi voir sa maman, avec sœur Aimée…Il joue, aide partout, est la plupart du temps de bon humeur, et est très heureux chaque fois que nous lui demandons d’aller apporter quelque chose à bibi (Yvette) qui reste dans notre maison, ou que nous lui demandons de nous accompagner en ville en voiture…

 Quatre de nos jeunes ont terminé l’école primaire au mois de septembre. Deux ont déjà suivi 3 mois de « intensive English »  et ont commencé le secondaire au mois de janvier. Quelle joie de pouvoir parler en anglais sans problème avec Mafanikio. Il a eu les meilleures notes en anglais du groupe de 25 élèves.  Un autre a préféré suivre des cours d’auto-école ici à Ngara, a eu son certificat et est parti pour Bukoba pour y acheter son permis de conduire. Le dernier des quatre a aussi commencé la 1ière année du secondaire, dans une autre école (avec internat)… Pour nous, il est important de regarder chaque enfant,  de considérer ses aspirations et motivations, ses compétences et son comportement. Ensuite nous discernons avec le jeune ce qui peut l’aider le plus sur son chemin vers l’indépendance et l’autonomie.

Nous sommes fières des résultats de nos enfants. Un est arrivé premier, deux sont 2ième, un est 3ième et 2 sont 4ième. Les autres sont presque tous dans les 20 premiers de la classe. Sachant que dans chaque classe il y a entre 65 et 100 enfants, il y a raison d’être fières…
Mais au centre nous offrons une structure à nos enfants. Il y a un temps pour travailler, pour jouer, pour étudier, pour manger et dormir… Et nous veillons à ce que nos enfants aillent chaque jour à l’école. Cette régularité favorise certainement l’enfant dans son développement, dans ses apprentissages. Et nos enfants savent aussi qu’ils peuvent toujours venir nous trouver pour avoir des explications sur quelque chose qu’ils n’ont pas compris, pour faire des exercices… Constantin, notre volontaire allemand donne de l’anglais à nos enfants et il lit avec quelques jeunes. Nous avons une bibliothèque avec des livres en kiswahili, et une autre avec autant de livres en anglais… Nous offrons aussi des jeux de réflexion, de concentration… et bien sûr qu’il y a l’amour qu’ils reçoivent, de nous les sœurs, de nos éducateurs et employés, de tous ceux et celles qui passent au centre pour une visite plus ou moins prolongée… Ces rencontres permettent à nos jeunes de se sentir importants, d’exister pour quelqu’un, de créer des liens. Nos enfants sont très heureux quand il y a une lettre qui arrive, quand nous leurs proposons de correspondre avec les élèves d’une de nos écoles en Autriche, quand nous leurs transmettons des nouvelles de l’une ou l’autre personne qu’ils connaissent, qui est passé au centre…
Nous sommes aussi témoins de petites transformations. Au début, les enfants font des choses parce qu’il y a un lien fort avec l’une ou l’autre. Daudi faisait des pas géants à cause du bon lien avec Cécile. Et petit à petit ils ne font plus les choses à cause du lien, mais parce que cela est devenu important pour eux… ils ont intégré une valeur, cela devient une partie de ce qu’ils sont.
Ils sont en même temps très fragiles…et une rechute peut arriver… ce qui nous fait mal, et nous posent beaucoup de questions. Ce n’est pas facile de recevoir une convocation à l’école parce que un de nos enfants à volé, ou  s’est bagarré, ou de voir qu’un enfant, après plusieurs mois au centre, choisit de retourner à la rue…Nous devons accepter que nous pouvons faire tout notre possible, mais qu’il y a une part, qui revient à l’enfant… il est libre de s’engager ou pas… Dans ces moments difficiles, le soutien mutuel est très important… chercher ensemble comment le mieux aider l’un ou l’autre enfant, discerner, porter notre vécu dans la prière, s’encourager quand l’une ou l’autre démarche semble difficile.

Vous savez certainement que nous aidons aussi des enfants de l’extérieur, c’est-à-dire, des enfants qui vivent dans leurs familles mais que nous aidons pour la scolarité. Au début de l’année ils reçoivent un nouvel uniforme (blouse, culotte ou jupe, chaussettes et souliers) et des cahiers… Ensuite au cours de l’année, ils viennent nous voir quand un des cahiers est fini ou que le stylo n’écrit plus pour que nous lui donnions le nécessaire. Nous payons aussi tous les frais pour l’école. Ce sont des enfants des familles pauvres autour de nous. Au cours de ce mois de janvier, nous avons eu plusieurs nouvelles demandes. Une de nos sœurs va voir la situation à la maison, regarde le problème avec les membres de la famille avant que nous acceptions d’aider l’enfant. Nous constatons que les résultats scolaires de ces enfants qui vivent dans leurs familles ne sont pas bons. Probablement qu’ils leur manque une vie structurée. Il se peut aussi qu’ils ne fréquentent pas régulièrement l’école, qu’il n’y a aucun suivi à la maison. Mais nous avons à accepter cette réalité.

Oui, cela nous fait mal de voir partir un enfant, surtout quand c’est un des plus jeunes… Souvent c’est pour retourner dans la rue, mais nous voyons qu’après un certain temps ils reviennent, sales et pas soignés, pour supplier de les reprendre… dans ces cas, un discernement s’impose, car nous avons des règlements, et aussi nos limites.
Nous avons aussi des jeunes qui évoluent très bien et qui nous donne de la joie. Prenons l’exemple de Baruani, un jeune qui a vécu au centre. Un jour il nous a quittées pour retourner en ville. Il y a travaillé quelques années dans un hôtel, et est ensuite retourné dans son village pour se construire une maison. Maintenant, quand il a une occasion, il passe nous saluer. Nous voyons qu’il va bien. D’autres nous déçoivent. Baraka avait surmonté une grande pente, avait trouvé une vie stable, avait reçu de l’aide pour une formation « auto-école », et voilà qu’il a rechuté : problèmes là où il habitait, vol… ne plus savoir où aller, où rester…

Nos enfants sont aussi capables de nous surprendre. Au début du Carême, ils ont décidé de jeûner deux jours par semaine. Chaque mardi et vendredi en rentrant de l’école, ils commençaient les activités sans manger…et sans se lamenter… Après Pâques, nous avons regardé ensemble comment utiliser cet argent. C’était pour aider un jeune garçon dans notre quartier, et une famille très pauvre… Depuis, Sibomana (le garçon en question) a une chambre dans une famille et il reçoit un repas par jour. Cela nous a touché de voir que nos enfants sont capable de s’ouvrir à d’autres réalités, à des situations plus difficile que les leurs… Et je suis sûr qu’ils vont reprendre cette initiative l’an prochain.

Quelques enfants ont aussi eu des problèmes de santé. Un a du être transféré à Mwanza pour des problèmes cardiaque. Maintenant il va beaucoup mieux, mais il doit prendre des médicaments pour le reste de sa vie. Un autre a cassé son bras, un autre a eu des injections à cause des soucis aux intestins…Et plusieurs ont eu des problèmes aux yeux… Ce n’est pas si évident d’avoir les soins nécessaire ici à Ngara. Ce qui nous a réjouit, c’est que tous nos enfants ont été testés deux fois  négatif pour le sida.

Nos enfants ont aussi participé à quelques cours de civisme chez nous au centre. Des thèmes comme l’amour pour la patrie, le respect de l’autre, le pardon… ont été traités. Nos enfants ont été heureux de participer à ces sessions, et nous espérons pouvoir continuer l’an qui vient. Nos jeunes ont une soif d’apprendre, et n’ont pas peur de participer activement, de discuter ensemble…
Maintenant que nous avons fini les constructions, nous commençons les réparations. Nos gouttières (faites en tôles) avaient besoin d’être remplacées… l’eau rentrait à peine dans les citernes… Cela voulait dire chaque mois une grosse facture pour la consommation de l’eau de la ville. Un groupe de 5 jeunes des Etats-Unis est venu nous installer des vraies gouttières, et voilà que nos citernes se remplissent…en même temps nous protégeons l’environnement… Nous avons aussi une nouvelle cuisinière, qui consomme beaucoup moins de bois… une belle amélioration, même si nous avons un petit problème de fumée…
Deux travaux sont sur notre programme pour cette année. En ce moment nous avons deux douches… Mais nos enfants grandissent, et peu d’entre eux continuent à se doucher à la belle étoile. Par respect pour nos enfants, et aussi pour éviter les querelles à l’heure de la douche, nous voulons ajouter deux douches, et faire 3 douches des deux que nous avons en ce moment. 
Mais le plus grand travail serait de refaire la clôture autour du terrain de foot. En ce moment nous avons une clôture en bambou. Mais notre terrain est légèrement en pente, le vent pousse les bambous… Alors à tout moment il y a des bouts qui tombent, ou il y a des gens qui apprécient notre clôture comme bois de cuisine… Dernièrement nous avons du enlever plusieurs dizaines de mètres de clôture, pour éviter des difficultés avec nos voisins (clôture qui risque de tomber sur la maison ou dans le champ d’autrui). Nous avons eu de gros dépenses pour réparer la clôture, mais voyons encore plus de dépense pour refaire une nouvelle clôture, en fil de fer, avec des poteaux de métal dans le béton… Un travail immense, qui va paralyser nos parties de foot de chaque jour…
Une jeune d’Angleterre est venue mettre de la couleur dans notre salle d’activité… Il nous reste de mettre de la couleur sur les poteaux à l’entrée du centre, et d’ajouter (sur demande de nos garçons) des dessins de voitures, d’hélicoptères… Mais c’est beau…

Beaucoup de visiteurs ont trouvé le chemin de Ngara cette année et y sont restés pour un temps plus ou moins prolongé…. Ils nous ont aidés, sont venus pour jouer avec les enfants, partager la vie du centre. Pour nos enfants, ces temps de visite sont des temps riches. Les grands s’intéressent à la vie d’ailleurs, posent des questions, essaient leur anglais…veulent discuter sur la mode, la musique et la vie d’ailleurs… Les plus petits se réjouissent de toute l’attention qu’ils reçoivent, de ce que les visiteurs apportent… Nous avons pu être témoin comment le langage du cœur durant ces rencontres surmonte toute autre barrière de langue, de couleur ou de culture… Le corps et le regard  peut dire tellement plus que quelque mots  en kiswahili ou anglais. L’ouverture à l’autre donne la vie…

Comme vous voyez, la vie au centre est bien ordinaire… Les défis et les imprévus ne manquent pas, souvent nous avons besoin de nous asseoir pour discerner ensemble, pour nous encourager, revenir sur notre objectif…prendre des forces auprès de Celui qui nous accompagne et nous inspire…Vous au loin, vous êtes très important pour nous. Vous nous soutenez dans notre mission, par un message internet, un encouragement, par l’intérêt que vous avez pour notre mission, par vos dons… Nous savons qu’ainsi notre mission est la mission de beaucoup de personnes… et cela nous touche profondément et nous dynamise… Pour cela un sincère merci…
Nous souhaitons que l’étoile de Noël continue à vous guider, à vous éclairer, à vous rendre attentive aux petites joies de chaque jour…tout au long de cette nouvelle année…

Nicole au noms de toutes mes sœurs de Ngara.