Bonjour,
Au mois de juillet, plusieurs de nos garçons n’étaient pas enthousiastes pour partir en famille. Ils avaient peur d’être empoisonnés, ou de la sorcellerie. Il est certain que nos enfants sont devenus beaux. Ils sont propres, bien coiffés, portent des habits propres, des souliers, parfois une casquette… Ils ont un « look » différent que celui de leur arrivée chez nous au centre. En plus, ils vont à l’école, savent lire et écrire… Et cela peut créer des jalousies. Et dans notre région, les gens utilisent facilement du poison, ou font appel à des sorciers pour se venger, pour détruire la vie d’une autre personne. Un de nos garçons, premier de classe, prétendait être victime d’une jalousie à l’école.
Nous avons 26 garçons en ce moment. 24 fréquentent deux différentes écoles primaires pas trop loin du centre. Le petit Chiza a commencé la maternelle il y a deux semaines. Daudi qui a arrêté d’aller à l’école primaire à cause du stress que cela lui donnait, continue sa formation pour devenir couturier Il a commencé à apprendre la couture avec Salome, et en même temps il continuait chaque jour à travailler une heure avec Cécile pour améliorer ses compétences en calcul et en lecture… Maintenant il suit une formation en ville pour devenir couturier. Et quand il arrive au centre, il aide facilement à réparer les habits des enfants ou à faire une décoration pour la salle. Quand il allait à l’école primaire, il entrait en disant « pas capable » ou « zéro »… Maintenant il montre dans son cahier ce qu’il a fait, est enthousiaste, veut pratiquer… Il a découvert qu’il a d’autres talents, qu’il a des valeurs, lui aussi, ce qui donne de la joie et de la paix dans son cœur.
Nous sommes fières des résultats de nos enfants. Un est arrivé premier, deux sont 2ième, un est 3ième et 2 sont 4ième. Les autres sont presque tous dans les 20 premiers de la classe. Sachant que dans chaque classe il y a entre 65 et 100 enfants, il y a raison d’être fières…
Mais au centre nous offrons une structure à nos enfants. Il y a un temps pour travailler, pour jouer, pour étudier, pour manger et dormir… Et nous veillons à ce que nos enfants aillent chaque jour à l’école. Cette régularité favorise certainement l’enfant dans son développement, dans ses apprentissages. Et nos enfants savent aussi qu’ils peuvent toujours venir nous trouver pour avoir des explications sur quelque chose qu’ils n’ont pas compris, pour faire des exercices… Constantin, notre volontaire allemand donne de l’anglais à nos enfants et il lit avec quelques jeunes. Nous avons une bibliothèque avec des livres en kiswahili, et une autre avec autant de livres en anglais… Nous offrons aussi des jeux de réflexion, de concentration… et bien sûr qu’il y a l’amour qu’ils reçoivent, de nous les sœurs, de nos éducateurs et employés, de tous ceux et celles qui passent au centre pour une visite plus ou moins prolongée… Ces rencontres permettent à nos jeunes de se sentir importants, d’exister pour quelqu’un, de créer des liens. Nos enfants sont très heureux quand il y a une lettre qui arrive, quand nous leurs proposons de correspondre avec les élèves d’une de nos écoles en Autriche, quand nous leurs transmettons des nouvelles de l’une ou l’autre personne qu’ils connaissent, qui est passé au centre…
Nous sommes aussi témoins de petites transformations. Au début, les enfants font des choses parce qu’il y a un lien fort avec l’une ou l’autre. Daudi faisait des pas géants à cause du bon lien avec Cécile. Et petit à petit ils ne font plus les choses à cause du lien, mais parce que cela est devenu important pour eux… ils ont intégré une valeur, cela devient une partie de ce qu’ils sont.
Vous savez certainement que nous aidons aussi des enfants de l’extérieur, c’est-à-dire, des enfants qui vivent dans leurs familles mais que nous aidons pour la scolarité. Au début de l’année ils reçoivent un nouvel uniforme (blouse, culotte ou jupe, chaussettes et souliers) et des cahiers… Ensuite au cours de l’année, ils viennent nous voir quand un des cahiers est fini ou que le stylo n’écrit plus pour que nous lui donnions le nécessaire. Nous payons aussi tous les frais pour l’école. Ce sont des enfants des familles pauvres autour de nous. Au cours de ce mois de janvier, nous avons eu plusieurs nouvelles demandes. Une de nos sœurs va voir la situation à la maison, regarde le problème avec les membres de la famille avant que nous acceptions d’aider l’enfant. Nous constatons que les résultats scolaires de ces enfants qui vivent dans leurs familles ne sont pas bons. Probablement qu’ils leur manque une vie structurée. Il se peut aussi qu’ils ne fréquentent pas régulièrement l’école, qu’il n’y a aucun suivi à la maison. Mais nous avons à accepter cette réalité.
Oui, cela nous fait mal de voir partir un enfant, surtout quand c’est un des plus jeunes… Souvent c’est pour retourner dans la rue, mais nous voyons qu’après un certain temps ils reviennent, sales et pas soignés, pour supplier de les reprendre… dans ces cas, un discernement s’impose, car nous avons des règlements, et aussi nos limites.
Nos enfants ont aussi participé à quelques cours de civisme chez nous au centre. Des thèmes comme l’amour pour la patrie, le respect de l’autre, le pardon… ont été traités. Nos enfants ont été heureux de participer à ces sessions, et nous espérons pouvoir continuer l’an qui vient. Nos jeunes ont une soif d’apprendre, et n’ont pas peur de participer activement, de discuter ensemble…
Maintenant que nous avons fini les constructions, nous commençons les réparations. Nos gouttières (faites en tôles) avaient besoin d’être remplacées… l’eau rentrait à peine dans les citernes… Cela voulait dire chaque mois une grosse facture pour la consommation de l’eau de la ville. Un groupe de 5 jeunes des Etats-Unis est venu nous installer des vraies gouttières, et voilà que nos citernes se remplissent…en même temps nous protégeons l’environnement… Nous avons aussi une nouvelle cuisinière, qui consomme beaucoup moins de bois… une belle amélioration, même si nous avons un petit problème de fumée…
Mais le plus grand travail serait de refaire la clôture autour du terrain de foot. En ce moment nous avons une clôture en bambou. Mais notre terrain est légèrement en pente, le vent pousse les bambous… Alors à tout moment il y a des bouts qui tombent, ou il y a des gens qui apprécient notre clôture comme bois de cuisine… Dernièrement nous avons du enlever plusieurs dizaines de mètres de clôture, pour éviter des difficultés avec nos voisins (clôture qui risque de tomber sur la maison ou dans le champ d’autrui). Nous avons eu de gros dépenses pour réparer la clôture, mais voyons encore plus de dépense pour refaire une nouvelle clôture, en fil de fer, avec des poteaux de métal dans le béton… Un travail immense, qui va paralyser nos parties de foot de chaque jour…
Une jeune d’Angleterre est venue mettre de la couleur dans notre salle d’activité… Il nous reste de mettre de la couleur sur les poteaux à l’entrée du centre, et d’ajouter (sur demande de nos garçons) des dessins de voitures, d’hélicoptères… Mais c’est beau…
Comme vous voyez, la vie au centre est bien ordinaire… Les défis et les imprévus ne manquent pas, souvent nous avons besoin de nous asseoir pour discerner ensemble, pour nous encourager, revenir sur notre objectif…prendre des forces auprès de Celui qui nous accompagne et nous inspire…Vous au loin, vous êtes très important pour nous. Vous nous soutenez dans notre mission, par un message internet, un encouragement, par l’intérêt que vous avez pour notre mission, par vos dons… Nous savons qu’ainsi notre mission est la mission de beaucoup de personnes… et cela nous touche profondément et nous dynamise… Pour cela un sincère merci…
Nicole au noms de toutes mes sœurs de Ngara.
