mercredi 8 décembre 2010

décembre 2010

Des nouvelles du centre.06,12,2010


Chers soeurs, frères et amis,

Il me semble qu’il y a bien longtemps que je n’ai pas donné de nouvelles... Heureusement, j’ai vu plusieurs d’entre vous à l’été !


Cette année nous sommes 5 en communauté; c’est très bon! Nicole(belge), Salomé(rwandaise), Cécile(congolaise), Aimée(congolaise) et Yvette(canadienne).


Comme je ne veux pas écrire un livre, je m’en tiendrai aux quelques dernières semaines quant aux nouvelles.


Je vous présente d’abord trois nouveaux enfants accueillis chez nous. Abdala, 10 ans, habitait avec sa mère, son petit frère Mwinyi et un petit bébé. Ils vivaient déjà dans une grande pauvreté; mais voilà, qu’à cause de la pluie et des vents, la maison (de boue) de 3 pièces s’est écroulée, laissant seulement une partie de la chambre à coucher, où l’eau traversait déjà le toît. Abdala ne supportait plus ces conditions de vie, et ne voulant pas laisser son petit frère dans cet ètat de choses, alors il l’entraîna avec lui dans la rue. Avec des informations, ils sont vite arrivés chez nous.


Un autre jour, c’est Imani qui arrive. Il est conduit par deux taxis-vélo, eux-mêmes envoyés par un homme qui a eu compassion de ce petit de la rue , qui, depuis plusieurs soir allait coucher près de sa clôture. En effet, bien que Inani ait 9 ans, on lui en donnerait volontiers 6, car il est très petit. Dans la rue depuis l’âge de 4 ans,, son corps et ses habits sont dévastés par les poux. Nous sommes aussi touchées de compassion. C’est d’abord Cécile qui écoute son histoire. Histoire qui ressemblent à plusieurs autres.... Parents séparés, père violent qui le rejette. Le nouveau conjoint de la mère ne veut rien savoir de l’enfant. Imani est demeuré chez sa tante un certain temps avec sa soeur, mais la maison étant très petite, la tante ne peut pas le garder à long terme. Il a donc choisi la rue.....


Après l’écoute de l’enfant et un petit temps pour partager la situation aux consoeurs, la décision est vite prise d’accueillir immédiatement l’enfant. Cécile l’aide pour la douche, Nicole fait la coupe des cheveux, puis il est revêtu d’habits nouveaux, et est présenté aux copains. C’est l’accueil chaleureux, les applaudissements de joie.


Dans les jours qui ont suivi, Imani accepte d’accompagner Sr Aimée pour visiter les parents. En arrivant dans le milieu, Aimée est prévenue que le père est très violent, et quand quelqu’un approche de sa maison, il a peur d’être attaqué et il se défend avec la machette. Ce n’est pas très rassurant.... Aimée ose s’approcher doucement se faisant précéder de la fille du papa rencontrée d’abord chez la tante. Le père accepte de parler avec Aimée mais en lui tournant le dos... conversation forcée, tendue. Aimée demande si l’enfant peut lui dire bonjour. Il accepte. Un peu à distance l’enfant dit « bonjour, papa ». Le père ne répond pas et ne se tourne pas. Tout ce qu’avait dit l’enfant est confirmé et pire encore.


Travailler avec les enfants de la rue, ne se réduit pas à l’action directe au Centre. Cela implique aussi le travail avec les parents des enfants, la collaboration avec l’école; et puis, il y a les voisins et les pauvres qui viennent demander secours.....


Un samedi soir, à 17.00 h. un voisin arrive pour demander qu’on transporte au Centre de Santé sa femme qui va très mal. Nous les connaissons bien. Cette femme ne se porte pas sur ses jambes, et elle est prise du coeur. Très fortement bâtie, elle n’est pas facile à manier, ne pouvant s’aider elle-même. Son mari est alcoolique; il demeure avec elle ainsi qu’un jeune ado. Nicole déplace l’auto le plus près possible, et aidée d’Aimée et de quelques personnes déjà sur place, ils réussissent tant bien que mal à entrer la femme dans l’auto. Arrivé au Centre de Santé, on dit qu’il faut la transférer à l’hopital. L’ambulance est là devant la porte, mais pas de conducteur. Nicole accepte donc de la conduire à l’hopital. En route, le mari demande : « Pouvez-vous m’aider à payer? Je n’ai plus d’argent ». Il faut payer l’inscription, la consultation, l’hospitalisation.... Cette semaine, Salomé et Cécile ont fait une visite à cette femme à l’hopital; elle n’a plus sa connaissance, elle est entre la vie et la mort.


Un autre jour, un garçon arrive au Centre avec un message : « Le reste de la maison de la maman d’Abdala et de Mwinyi s’est écroulé, et la maman désire voir ses deux enfants.

Nous nous demandons dans quel état sont la mère et le bébé. Aussi, dès le lendemain matin, nous partons, Aimée, les deux enfants et moi pour nous rendre chez la maman. Premiers 8 kilomètres la piste est très belle. Puis nous arrivons face à une école; ce semble la fin de la route. On nous dit : « Allez en arrière de l’école, la route continue ». Je vois une descente abrupte, avec des tournants raides, une seule largeur d’auto. D’un côté le rocher, de l’autre le ravin. Inutile de dire que j’ai prié mon ange gardien... et il a entendu.... Il n’avait pas plu la veille, et ce jour-là était aussi ensoleillé; donc ce n’était pas vraiment glissant. Après avoir voyagé environ 13 km en tout, il fallait arrêter là avec l’auto et continuer à pied. Aimée est allée avec les deux enfants et je suis restée à l’auto.


Durant ces mêmes jours, Nicole est informée qu’une amie d’Alberta envoie de l’argent pour nous. Nous nous interrogeons ensemble si nous pourrrions aider à reconstruire la maison de la maman.....Nous décidons de faire quelque chose en collaboration avec les gens du milieu. Nous donnons à Aimée la mission d’aller rencontrer le chef du quartier. Après plusieurs démarches nous arrivons à une entente : lui s’engage à fournir les hommes qui feront le travail ainsi que les arbres et les roseaux. La maman cherchera et apportera le chaume pour le toît, et nous, nous nous engageons à fournir les clous et la nourriture pour ceux qui construisent (20 à 30 personnes). Ce sera une maison de boue, et le chef de quartier a prévu que ça prendrait 2 mercredis.

C’est en pleine campagne, saison des semences, pas de nourriture sur place. Comment faire arriver la nourriture jusque là? C’est la saison des pluies, c’est glissant... Nous choisissons le taxi-moto. Mais la moto glisse aussi; ils doivent la laisser en chemin et partir courageusement à pieds avec les sacs à dos. Aimée doit retourner à plusieurs reprises. Quand elle voit les hommes à l’oeuvre, et le visage rayonnant de la maman, son énergie se renouvelle. Un jour, après la pluie, la moto roule péniblement dans la montagne, et, voulant éviter un vélo , la moto glisse, heurte le rocher, perd le contrôle et voilà les deux passagers qui roulent jusqu’au fond du ravin.... L’adrénaline les aide à se remettre debout, à constater qu’il ni a ni cassure, ni blessure grave. Il faut maintenant remonter jusqu’à la route..... Les nuits et les jours qui ont suivi ont manifesté les courbatures, les enflures, les douleurs par-ci, par-là. Heureusement, avec les frictions et les exercices tout revient en ordre. Il faut se mettre en forme car il y a encore au moins un autre voyage de prévu.


Autre événement : Après plusieurs démarches de Cécile, un spécialiste en matière du SIDA, est venu au Centre sensibiliser nos jeunes à cette réalité. Après quatre rencontres tous ont voulu passer le test de dépistage volontaire. Ils avaient peur d’être atteint, mais voulaient savoir.... Vu le grand nombre, des personnes de l’hopital sont venues au Centre avec tout le nécessaire. Chacun est passé pour la piqure, ce fut ensuite l’analyse, puis chacun est passé en entrevue pour entendre le résultat... Vous auriez dû voir la suite : ils se sont mis à chanter, à danser, à sauter de joie... c’était impressionnant! Tous étaient négatifs! Grande joie pour eux et pour nous. Pour être sûr du résultat, il faut repasser le test deux autres fois à deux mois d’intervalle. Du moins, les prochaines fois, l’espérance remplacera la peur! .


Durant cette période, Salomé constatait qu’il se passait quelque chose d’anormal dans la bananerais..... En effet, de petits rongeurs (semblables à des taupes), se promenaient sous terre et mangeaient les racines des bananiers. Elle trouva quelqu’un qui avait une façon originale de les attrapper. Un piège dans lequel il déposait une sorte d’herbe. À la senteur de cette herbe, les petites bêtes venaient dans le piège. Ils en ont pris plus de 20. Vous ne devinez sans doute pas comment les enfants se sont régalés avec cette petite viande recherchée!


Je vois que décembre est déjà bien engagé; je profite donc pour vous souhaiter un TRÈS JOYEUX NOËL rempli d’amour et de paix. Je vous souhaite également une HEUREUSE ANNÉE ! en attendant qu’on s’embrasse en s’échangeant des voeux.


Au nom de nous toutes, Yvette