dimanche 7 février 2010
7 fevrier2010
Bonjour,
T’écrire me permet toujours de revoir le vécu des derniers temps... une chance pour moi.
Il y a deux semaines, nous avons repris le chemin de l’école. C’est-à-dire qu’une nouvelle année scolaire a commencé. Préparer nos 23 garçons pour la rentrée, c’est quelque chose. Couvrir près de 200 cahiers, vérifier les uniformes, voir si tout le monde à deux chemises, deux culottes, des chaussettes et souliers, ainsi qu’un sac d’école... Salome sur la machine à coudre, Devota en ville pour acheter le nécessaire, et moi au centre pour vérifier, écrire les noms... couvrir les cahiers.... et Pelagie et Cécile, nos deux novices en stage, aidant ici et là, et ainsi cela s’est bien passé. Il y a aussi les 40 enfants de l’éxtérieur, qui vivent dans leurs familles, mais que nous aidons pour la scolarité, qui sont venus chercher le nécessaire... Tous nos enfants ont pu monter de classe, à l’exception de Damiani.
Et cette année, ce qui est nouveau, nous avons deux enfants rendus au secondaire. Un dans l’école de Ngara, et l’autre dans l’école du diocèse à Rulenge. Une fois que les enfants sont au secondaire, nous ne les gardons plus au centre. Nous cherchons avec eux les possibilités de loger dans la famille, ou nous cherchons un internat, si vraiment cela n’est pas possible... Et durant les vacances scolaire, ils iront en famille, comme ils le font maintenant. C’est vraiment une autre étape dans leur vie, et vivre ensemble avec les petits, respecter les règles, demander des permissions, cela devient parfois difficile. Et nous cherchons aussi à les rapprocher de plus en plus de la famille, car ils ne peuvent pas rester éternellement chez nous.
Nous sommes en saison de pluie, mais cette semaine nous avons eu de la chance, car nous avons eu peu de pluie. Moi, je suis contente quand il n’y a pas beaucoup de pluie, parce que nous n’avons pas vraiment un endroit où aller quand il pleut, et dans notre salle, la pluie entre quand il vente un peu, et il y fait froid... Donc nous avons pu dessiner, colorier, couper, lire... jouer...
Les enfants sont de plus en plus motivés pour apprendre. Les 7 petits, de 1 et 2e année, dès qu’ils arrivent de l’école, ils viennent montrer ce qu’ils ont appris, vont mettre les habits pour jouer, et nous faisons des exercices. Exercices de lecture, d’écriture, de calcul, comme ils ont fait en classe. Parfois un enfant rentre avec un très bon travail, des « vema » partout (ce qui veut dire « très bien »), mais quand tu reprends l’exercice avec l’enfant, il n’arrive pas à donner de bonnes réponses. Cela tout simplement parce qu’ils sont près de 100 dans la classe, collés les uns sur les autres. Cela permet de copier les réponses du voisin... et d’avoir de bons résultats... qui malheureusement n’aide pas l’enfant à avancer. Et après le travail, il y a du temps pour jouer... ou pour travailler un peu.
Même parmis les grands on voit de plus en plus d’enfants qui ouvrent les cahiers pour étudier, refaire des exercices, qui demande un livre pour lire... Ce qui me fait rêver d’avoir une petite bibliothèque... Il me faut juste aller à Mwanza, chercher où trouver de petits livre de lecture, pour vraiment commencé... Ce serait tellement bien pour nos enfants qui ont le désir, de pouvoir faire quelque chose dans le calme, d’apprendre... Le projet est déjà conçu dans ma tête, même l’argent est disponible... donc à suivre...
Au niveau construction, nous avançons, petit à petit, mais sûrement. Notre cuisine est prête, et est devenue un lieu où les enfants aiment venir. Le matin en se levant, pour voir si la bouillie est prête, en rentrant de l’école pour sentir ce qu’il y a sur le feu... mais aussi en temps de pluie pour se réchauffer un peu, pour avoir un abri agréable... Dernièrement Devota a même fait sa réunion dans la cuisine, parce que dans la salle il faisait tellement froid... Alors tout proche les uns les autres, ils se sentaient bien. Un autre bâtiment est en construction. Ce sera un bloque, avec une pièce pour accueillir les nouveaux enfants, la famille, des visiteurs, un endroit pour soigner, donner ce que les enfants demandent, une pièce pour stoquer les matériaux pour l’école, le centre, et un endroit pour mettre le vélo, la charette que nous utilisons pour aller au marché... et un petite chambre pour le garçon qui travaille pour soigner et nourir les vaches... J’ai hâte qu’on fini ce bloque, pour pouvoir mettre tout le matériel pour le centre ensemble, faire un peu de l’ordre, et ensuite, cimenter l’endroit au milieu... pour finir d’entrer la poussière, la boue dans la salle, le dortoir... la sainte patience.... Mais nous avançons, et le centre devient vraiment un lieu de vie, avec des espaces propres, déjà en ordre... c’est agréable de voir l’évolution.
Mais ce qui me fait le plus de plaisir, c’est de voir que les enfants commencent, petit à petit à s’ouvrir, en offrant de l’aide quand ils me voient balayer le dortoir, en faisant chaque matin la vaisselle, sans que j’ai besoin de le demander, en ramassant le linge tombé par terre... en ramassant les saletés... C’est encore fragile, mais en même temps c’est bien réel, et tellement bienfaisant. Je vois comment un enfant s’ouvre, offre ses services, à cause du lien que j’ai avec l’enfant... Le lien est devenu important pour lui et il est prêt à s’engager pour garder ce lien. Il y a aussi le fait que parfois les enfants trouvent eux-même des solutions pour des problèmes. Baraka est un enfant qui faisait au lit. Pas juste un petit peu mais chaque nuit un lac... Nous avons tout essayé... rien à faire... Alors je propose à Devota de mettre le problème sur la table au moment de la réunion, pour que les enfants nous aident à trouver une solutions. Et Juma raconte comment lui a appris à ne plus faire au lit. Chaque fois qu’il faisait au lit, on le frappait avec la feuille d’une plante (qui semble chatouer ou piquer...). Un enfant savait où trouver cette feuille, et deux jours après, Baraka a arrêté de faire dans son lit. Maintenant il accepte de se lever pour aller à la toilette (ce qu’il ne voulait pas avant)... Et depuis 15 jours, il a fait une fois au lit (disons un petit accident). Je l’ai félicité chaque fois, en lui demandant s’il savait pourquoi j’étais si contente... ou en lui disant que j’avais vu son lit propre et bien fait... et parfois il y avait même un bonbon pour tout le monde, pour dire ma joie... Espérons que cela va continuer... Est-ce qu’il y a un lien avec le fait qu’il commence à lire petit à petit, et qu’il a du plaisir à lire chaque jour sa page... En tout cas, il a fait un pas, c’est ma joie...
Les grands sont vraiment de bonne volonté quand nous avons à travailler. Dernièrement le camion avec le bois pour la cuisine arrive assez tard dans l’après-midi. Etant en saison de pluie, il est favorable d’entre le bois le plus vite possible. Je propose aux enfants : « ou bien nous faisons une partie aujourd’hui, le reste demain, ou bien nous essayons de tout faire, et demain nous irons au foot aussitôt le repas, pour pouvoir jouer longtemps... ». Ils ont choisi la deuxième solution. Et ils ont demandé de faire une ligne et de donner le bois, morceau par morceau... (faire une chène)... et voilà que le chargement de bois était rentré avant l’heure d’aller prier... Je leur ai félicité, disant que j’étais fière qu’ils ont pu travailler ensemble, grands et petits...
Le samedi, je prends souvent du temps pour faire du ménage dans la cuisine, laver un peu plus à fond... et souvent Damiani et Abdala sont là pour m’aider... ce que j’accepte volontier, sachant que ce sera peut-être un peu moins bien fait, mais je vois leur grand coeur pour venir aider...
Ce sont des événements qui nous donne courage pour continuer la mission... qui nous aide à persévérer quand on constate que l’eau n’entre pas dans la terre, qu’on a à recommencer, à redire, à courir après...
Voilà ce que je voulais te partager aujourd’hui... Je suis heureuse dans ce que je fais, dans ce que je vis, même si la fatigue se fait sentir... Parce que dans ce quotidien, je vois de plus en plus les signes de Sa présence, et cela me rend heureuse...
Bonne route à toi. Nicole
